De plus en plus de médecins retirent des traitements aux personnes âgées plutôt que d'en ajouter. Ce mouvement, appelé « déprescription », est souvent une excellente nouvelle pour votre santé. Explications.
À 70 ans, une personne prend en moyenne 5 à 7 médicaments différents par jour. Ce phénomène, appelé polymédication, augmente le risque d'effets indésirables, d'interactions médicamenteuses et de chutes. La déprescription — réviser et réduire les médicaments inutiles ou dangereux — est une démarche médicale sérieuse et bénéfique.
Le corps vieillit et traite différemment les médicaments. Le foie et les reins, qui les éliminent, fonctionnent moins bien avec l'âge. Résultat : des médicaments prescrits à 50 ans peuvent devenir inadaptés ou dangereux à 75 ans. Les conséquences concrètes incluent des chutes (somnifères, anxiolytiques, certains antihypertenseurs), de la confusion (médicaments anticholinergiques), des troubles digestifs (AINS, corticoïdes) et des interactions dangereuses entre traitements.
La déprescription n'est pas un abandon de traitement. C'est une décision médicale réfléchie, prise avec votre médecin, pour améliorer votre qualité de vie en supprimant ce qui n'est plus utile ou ce qui est devenu dangereux.
Ne supprimez jamais un médicament de votre propre chef — certains arrêts brutaux sont dangereux. La bonne démarche :
Dans certaines pharmacies, un bilan partagé de médication (BPM) est proposé par les pharmaciens en coordination avec les médecins. Ce bilan systématique identifie les médicaments potentiellement inadaptés, les doublons et les interactions. Demandez à votre pharmacien si ce service est disponible dans votre officine.
Les services de gériatrie hospitaliers réalisent également des revues médicamenteuses lors des hospitalisations ou en consultation externe. Si vous avez plus de 75 ans et prenez plus de 5 médicaments, une consultation gériatrique peut être demandée par votre médecin. Votre rubrique droits peut vous aider à faire valoir cette demande.
Pour certains médicaments (benzodiazépines, corticoïdes, antidépresseurs, bêtabloquants…), un arrêt brutal est contre-indiqué. Votre médecin organisera un sevrage progressif par paliers, avec surveillance régulière. Ce processus peut durer plusieurs semaines à plusieurs mois selon le médicament et votre sensibilité. La patience est nécessaire, mais les bénéfices sont souvent spectaculaires : meilleur équilibre, meilleure mémoire, moins de fatigue.
Faites la liste de tous vos médicaments (y compris en vente libre) et apportez-la à votre prochain rendez-vous médical. Posez la question : "Ai-je encore besoin de tout ça ?" C'est le premier pas vers une médication plus sûre et une meilleure qualité de vie.
La déprescription est la révision médicale planifiée d'un traitement visant à réduire ou arrêter des médicaments qui ne sont plus bénéfiques ou dont les risques dépassent les bénéfices. C'est une décision médicale positive, prise avec le patient, pas un abandon de soins.
Non. Certains médicaments ne peuvent pas être arrêtés brutalement (antihypertenseurs, corticoïdes, antidépresseurs, benzodiazépines…). Un arrêt brutal peut provoquer un effet rebond dangereux. Parlez-en toujours à votre médecin, qui organisera un sevrage progressif si nécessaire.
Les somnifères et anxiolytiques (benzodiazépines), certains antihypertenseurs (baisse de tension au lever), les antidépresseurs, les antiépileptiques et les médicaments pour la prostate sont parmi les plus impliqués dans les chutes. Une révision médicamenteuse peut réduire ce risque significativement.
Oui. Le vieillissement modifie la façon dont le corps élimine les médicaments (foie et reins moins efficaces). Un médicament bien toléré à 55 ans peut s'accumuler à 75 ans et provoquer des effets indésirables. D'où l'intérêt d'une révision médicamenteuse régulière.
C'est un service proposé par certains pharmaciens, en coordination avec votre médecin, pour analyser systématiquement l'ensemble de vos médicaments. Il identifie les doublons, les interactions et les médicaments potentiellement inappropriés. Demandez à votre pharmacien si ce service est disponible dans votre officine.
Au-delà de 5 médicaments différents par jour (polymédication), le risque d'interactions et d'effets indésirables augmente significativement. Cela ne signifie pas que 5 médicaments sont toujours trop — chaque situation est individuelle — mais c'est le seuil à partir duquel une révision médicamenteuse annuelle est fortement recommandée.